Mosquées et églises profanées : deux poids, deux mesures

Quand une mosquée est profanée, l’information fait en général la Une des médias : c’est tout à fait normal. En revanche, quand c’est une église chrétienne qui est profanée, l’information n’est pas médiatisée. Ainsi, la mosquée de Limoges a été profanée le 18 mai 2013, et Le Monde.fr en a fait un article. Mais l’église du Sacré-Coeur de Limoges avait été elle aussi profanée trois semaines auparavant, le 29 avril 2013. Et là, Le Monde.fr n’en avait pas parlé.

Pour se convaincre de cette partialité assez étrange, il suffit de se livrer à un petit exercice à l’aide d’un moteur de recherches. Si l’on choisit un média de référence, au hasard Le Monde.fr, le résultat est frappant. En recherchant des occurrences avec les mots "mosquée profanée monde.fr", on obtient une série cohérente de résultats. Si l’on effectue la même recherche avec les mots "église profanée monde.fr", on n’obtient rien. Je vous laisse examiner vous-même ces résultats :

La comparaison est frappante. elle l'est d'autant plus que les édifices chrétiens profanés sont plus nombreux que les édifices musulmans. Mais les édifices chrétiens n'intéressent pas les journalistes du Monde...

La comparaison est frappante. elle l’est d’autant plus que les édifices chrétiens profanés sont plus nombreux que les édifices musulmans. Mais les édifices chrétiens n’intéressent pas les journalistes du Monde…

On pourrait objecter que la recherche a été mal faite, avec les mauvais mots, ou qu’il aurait fallu utiliser l’onglet "actualités" au lieu de l’onglet "web" dans Google. Cela est vrai, mais n’explique pas pourquoi on trouve une liste de résultats cohérente avec les mots "mosquée profanée monde.fr" et pas dans l’autre cas. On pourrait aussi prétendre qu’aucune église n’a été profanée : cela expliquerait naturellement le silence du Monde.fr. Mais non, une simple requête avec les mots "église profanée" (sans monde.fr cette fois) fait ressortir une liste fournie d’édifices cultuels chrétiens victimes de profanations :

Avec les mots "église profanée, sans "monde.fr", on obtient cette fois des résultats.

Avec les mots "église profanée, mais cette fois sans le mot "monde.fr", on obtient des résultats.

Je vous laisse conclure.

Allocations familiales et étrangers : au fou !

Cliquez pour lire l'article de Valeurs Actuelles (DR).

Cliquez pour lire l’article de Valeurs Actuelles (DR).

Dans un arrêt rendu en assemblée plénière le 7 avril 2013, la Cour de cassation se range du côté des "fous du droit". Désormais, tous les enfants d’étrangers vivant sur le territoire français, même ceux nés à l’étranger, et même ceux issus de familles polygames, auront droit au bénéfice des allocations familiales s’ils décident de venir sur le territoire, et ce, même en dehors de toute procédure de regroupement familial. Une incroyable décision imposée par l’Europe, au non du sacro-saint principe de "non-discrimination". L’hebdomadaire Valeurs actuelles commente cette décision pour le moins surprenante :

En France, la nouvelle est restée confidentielle. Mais pas en Algérie (voir notamment Le Matin DZ) : désormais, tout parent algérien installé en France pourra toucher des allocations familiales au titre de ses enfants, nés en Algérie, qui décideraient de le rejoindre. Et même, précise la Cour de Cassation réunie le 7 avril dernier en assemblée plénière, si les enfants en question ont pénétré en France en dehors de toute procédure de regroupement familial. Ce qui s’applique naturellement, d’abord, aux enfants de pères polygames, puisque les autres peuvent, depuis l’institution du système, en 1976, bénéficier dudit regroupement ! Résultat : les hommes ayant «  épousé » plusieurs femmes dans leurs pays vont pouvoir, sans contourner la loi française comme ils le faisaient jusqu’à maintenant (en faisant passer, par exemple, leurs compagnes pour des « mères isolées »), financer légalement le séjour en France de leur descendance.

Pour appuyer sa décision, la Cour de cassation évoque le principe de « non-discrimination » inhérent à la jurisprudence européenne – laquelle interdit depuis les années 1980 aux Etats de réserver à leurs seuls nationaux le bénéfice de prestations démographiques spécifiques – mais aussi l’accord euro-méditerranéen UE-Algérie du 19 décembre 2001. Dont les termes sont directement transposables aux ressortissants du Maroc et de la Tunisie ayant signé les mêmes accords avec l’Union européenne. Et sans doute demain, à tous les Etats extra-européens avec laquelle la France a signé des traités analogues !

Cela signifie, en clair, que tous les efforts faits par la France depuis 1993  (gouvernement Balladur) pour limiter les fraudes au regroupement familial viennent de voler en éclat : à quoi bon menacer de poursuites les fraudeurs aux allocations familiales si la fraude elle-même n’existe plus ? La loi peut bien réserver le bénéfice de ces prestations aux enfants d’une seule épouse, tout se passera désormais comme si elle était abrogée…

On se souvient, en 2010, de l’affaire Hebbadj, du nom de ce français d’origine algérienne soupçonné d’avoir fait subventionner par la caisse d’allocations familiales de Loire Atlantique un foyer composé de quatre femmes et de douze enfants. Finalement mis hors de cause, le 27 mars dernier par le tribunal de Nantes (mais condamné pour des faits connexes à six mois de prison avec sursis), M. Hebbadj ne connaîtrait plus aujourd’hui, tous ces « tracas ». Quand bien même il n’aurait pas acquis la nationalité française, le seul fait de reconnaître les enfants de ses compagnes comme les siens suffiraient à lui accorder de plein droit le bénéfice des prestations familiales…"

La suite sur le site de Valeurs Actuelles

 

Retiré dans une institution religieuse, François Michelin répond à Paris-Match

François Michelin (DR).

François Michelin (DR).

François Michelin pourrait vivre de ses rentes, écumer les palaces, fréquenter la "Jet Set" et oublier ses peines (la perte de son fils Edouard) dans l’alcool. C’est mal connaître l’homme. Chrétien engagé, "espérant contre toute espérance", François Michelin s’est retiré dans une humble maison de retraite religieuse. L’interview exceptionnelle qu’il a accordée à Paris-Match est très dense, très belle et très forte. Il faut la méditer mot à mot, tellement elle nous dit de choses sur la vie, la mort, la société, l’argent :

Paris Match – En  2006, votre fils Edouard disparaissait. Puis, en  2011, son épouse, Cécile. Avez-vous ressenti cela comme une injustice ?
François Michelin - Le cardinal Lustiger connaissait bien Edouard. Après sa disparition, il avait célébré une messe à l’église Saint-Sulpice. Il avait posé la question : “Pourquoi Edouard est-il mort ?” Et il avait cité le Christ, sur la croix, s’adressant à son Père : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”

Cette question, vous l’avez posée ?
Bien sûr. Ça fait très mal. On pense aux petits-enfants, à l’usine. Vous savez, on pleure plus sur soi que sur le défunt. Tout ce qu’on avait bâti s’effondre, il n’y a plus rien. Puis vous posez la question à Dieu et vous ­comprenez que la réponse est ailleurs.

Il y a donc une réponse à cette question ?
Dieu donne tous les jours la ­réponse. Ça ne peut être autrement. J’aime cette phrase de saint Paul sur Abraham : “Espérant contre toute ­espérance.”

Il faut beaucoup d’abnégation pour réagir ainsi…
C’est le mystère de la foi. Edouard n’est plus là, mais cela a un sens, la vie de tous les jours a un sens. C’est la providence… Refuser la bonté infinie de Dieu, c’est d’un orgueil phénoménal, c’est monstrueux.

Vous n’avez jamais été ébranlé dans votre foi ?
La foi conduit à la notion de vie éternelle. Il n’y a pas de disparition. La vie est changée, elle est totale. Vous vous rendez compte de ce que ça signifie ? C’est formidable…

Quels échos vous parviennent du monde extérieur ? On entend que les Français dépriment, qu’ils n’ont plus confiance dans leurs dirigeants, dans leurs entreprises…
Quand vous regardez par le ­hublot d’un avion et que vous entrez dans un nuage, quelle impression avez-vous ? [Silence.] Il n’y a plus de boussole ! Et beaucoup de gens ne veulent pas se poser la question de ­savoir pourquoi on en est là.

C’est une responsabilité collective ?
Elle vient un peu des journalistes… le désir de cohésion du politiquement correct… On écarte son désir de comprendre

La suite sur le site de Paris-Match.

Mariage pour tous : un collectif de 82 énarques interpelle le chef de l’État

Cambacérès, l'un des rédacteurs du code civil (DR).

Cambacérès, l’un des rédacteurs du code civil (DR).

Un collectif de 82 énarques a décidé d’interpeller le président de la République à propos de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe. Ce collectif, dénommé "Groupe Cambacérès", regroupe à ce jour 82 anciens élèves de l’ENA, répartis sur 34 promotions de Montesquieu (1966) à Marie Curie (2012), qui ont souhaité interpeller François Hollande sur les conséquences, néfastes pour l’intérêt général, de la loi Taubira, ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe.

Publié par Atlantico.fr, ce texte est en tout point remarquable et mérite d’être lu attentivement, au-delà de toute polémique :

"Monsieur le Président de la République,

Anciens élèves de I’Ecole nationale administration, nous avons choisi de servir l’Etat, le service public, l’intérêt général. C’est cet engagement qui motive et justifie l’alerte que nous lançons, car la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe portera gravement atteinte à l’intérêt général ou, pour reprendre les termes de I’article 1er de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, à "l’utilité commune".

Ce texte a une apparence : étendre un droit au nom de I’égalité. Il a une réalité : créer par une fiction juridique une inégalité entre enfants au nom de I’égalité des adultes, en instaurant un droit à I’enfant.

La revendication d’égalité n’est légitime que lorsqu’elle porte sur des situations comparables. En cohérence avec sa jurisprudence constante, le Conseil constitutionnel a ainsi jugé en janvier 2011 que I’impossibilité du mariage entre personnes du même sexe ne portait pas atteinte au principe d’égalité, au motif que la loi peut traiter de manière différente des situations différentes, et qu’en l’espèce, au regard du mariage, le couple que forment I’homme et la femme et celui que peuvent former deux hommes ou deux femmes ne sont pas, qu’on le veuille ou non, dans la même situation. Mais on peut aller plus loin, et soutenir que le principe d’égalité, correctement entendu, s’oppose à ce que la loi prétende étendre le mariage aux couples de même sexe, car traiter également des situations différentes ne crée pas moins d’injustice que traiter différemment des situations comparables. Lire la suite

"Mur des cons" et journalisme : une phrase suffit

Faut-il avoir l'autorisation des personnes concernées pour publier une information digne d'intérêt public ? (DR)

Faut-il avoir l’autorisation des personnes concernées pour publier une information digne d’intérêt public ? (DR)

"Si les journalistes n’ont accès qu’à des informations autorisées ou déjà publiques, la liberté de la presse perd sa raison d’être."

Source : Sénat, rapport n° 420 du 25 juin 2008 sur le projet de loi relatif à la protection du secret des sources des journalistes.

La constitutionnalité du « mariage pour tous » en question

Cliquer sur l'image pour lire l'étude publiée dans La Semaine Juridique (DR).

Cliquer sur l’image pour lire l’étude publiée dans La Semaine Juridique (DR).

François-Xavier Bréchot, magistrat administratif et maître de conférences en droit public à Sciences Po (Paris) a publié dans La Semaine Juridique du 17 décembre 2012 une étude approfondie sur la constitutionnalité de la réforme dite "mariage pour tous". Le climat électrique qui a animé les débats ces derniers jours nous dicte d’en revenir "aux fondamentaux". Pour ceux que le sujet intéresse, la lecture de cette étude est indispensable :

"Le débat politique qui oppose partisans et adversaires du mariage entre personnes de même sexe trouve désormais un écho dans l’arène juridique. L’altérité sexuelle des époux et celle des parents sont-elles des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République [PFRLR] ? Elles en remplissent parfaitement les conditions fixées par le Conseil constitutionnel, raison pour laquelle le projet d’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de personnes de même sexe ne pourra pas faire l’économie d’une révision de la Constitution.

1. – « Il ne faut toucher aux lois que d’une main tremblante », conseillait en son temps Portalis, l’un des rédacteurs du Code civilNote 1. Les débats politiques actuels, qui opposent vigoureusement partisans et adversaires du mariage entre personnes de même sexe, illustrent à quel point cet avertissement semble avoir été oublié. En effet, alors que l’élection du nouveau chef de l’État a été suivie par la mise en place de multiples comités, concertations ou missions sur des sujets aussi divers que le cumul des mandats, la fin de vie ou la compétitivité des entreprises françaises, aucune réflexion digne de ce nom n’a été engagée quant au principe, aux modalités ou aux conséquences d’une réforme aussi profonde du droit du mariage et de l’adoption. Il n’est que de lire les motifs de l’avis défavorable au projet de loi, rendu le 18 octobre 2012 par le conseil d’administration de la Caisse nationale d’allocations familiales, pour comprendre le malaise : saisine dans un délai d’urgence, manque d’études d’impact, divisions sur le contenu et le principe du projet, etc.

2. – La controverse est dorénavant portée sur le plan juridique, les spécialistes du droit de la famille n’ayant pas manqué de souligner à quel point la volonté de déconnecter l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe de la problématique de la procréation médicalement assistée et de la gestation pour autrui était aberrante en raison des liens existant entre le mariage et le droit de la filiation.

3. – Bien que le vote du projet de loi par une majorité de députés et de sénateurs ne soit pas encore acquis sur un sujet qui renvoie par essence à la conscience individuelle de chacun, il y a lieu de se demander si, une fois la loi adoptée, le Conseil constitutionnel ne viendra pas jouer le trouble-fête. Certains membres de la doctrine, parmi les plus éminents, mais aussi un ancien président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, affirment en effet que l’altérité sexuelle des époux, c’est-à-dire le fait…"

La suite ici en téléchargement

[MAJ] Pour que l’altérité sexuelle des conjoints puisse être regardée comme un PFRLR, encore faudrait-il que ce soit un principe (au sens juridique). Et un constat n’est pas un principe. L’eau ou l’air ne sont pas des principes. Toute autre est la question de la filiation et de la parentalité. Y a-t-il pour l’enfant un "droit à" connaître ses parents ? Y a-t-il par ailleurs un principe reconnaissant que l’altérité sexuelle est consubstantielle de la notion même de parents ? Tout le droit de l’adoption a été et est construit sur la "vraisemblance" d’état. On ne peut adopter que si on a une différence d’âge suffisante avec l’enfant (il pourrait être mon enfant), et si on n’a pas dépassé l’âge de la ménopause (même raison). Quant au couple adoptif, il est celui duquel l’enfant aurait pu naître. Puisque tout le droit de l’adoption a été et est construit de cette manière, on peut se demander si le législateur pouvait ouvrir l’adoption aux personnes de même sexe sans réformer parallèlement le droit de l’adoption. Comment peut-on imposer aux parents adoptifs hétérosexuels la vraisemblance d’état, alors que cette notion n’aura aucun sens pour les parents adoptifs homosexuels ? (Pourquoi m’imposer une différence d’âge avec des enfants qui ne peuvent, de toute façon, être ceux de mon couple ? Et dans ce cas, pourquoi continuer à l’imposer aux couples hétérosexuels ?) Dès lors, ou bien il y a incompétence négative du parlement (il aurait dû modifier le droit de l’adoption pour rectifier cette incohérence et supprimer la notion de vraisemblance d’état), ou bien le droit de l’adoption repose sur des principes de type PFRLR ou assimilé, qui font de la vraisemblance de la filiation une sorte de règle posée dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Quant à la question accessoire du "droit à" l’adoption pour les personnes célibataires, elle n’est que la survivance d’un droit ouvert au profit des veuves de guerre au lendemain de la grande guerre, finalement encadré par la loi de 1966. Il ne faut pas oublier que l’intérêt supérieur de l’enfant doit primer toute autre considération, et notamment l’intérêt des adultes. C’est la Convention internationale des droits de l’enfant du 20 novembre 1989 qui pose ce principe. Cette convention a été ratifiée par le parlement et, comme le savent les juristes, les textes internationaux qui ont été ratifiés ont une autorité supérieure à celle de la loi. De plus, le Conseil d’Etat et la Cour de cassation ont reconnu à cette convention certains effets de droit invocables directement par des particuliers. N’y aurait-il pas ici une inconventionnalité de la loi ? C’est un autre débat. Je n’aimerais pas être membre du Conseil constitutionnel ces jours-ci…