Quand le Corriere della Serra démontait la propagande du Hamas

Discours d'un chef du Hamas, en février 2008, prônant le recours aux boucliers humains : "Les enfants y excellent", dit-il (cliquez pour voir la vidéo).

Discours d’un chef du Hamas, Fathi Hamad, en février 2008, prônant le recours aux boucliers humains : "Les enfants y excellent", dit-il (cliquez pour voir la vidéo – Al-Aqsa TV).

Le 21 janvier 2009, le très sérieux Corriere della Serra publiait un article de Laurent Cremonesi sur l’utilisation de boucliers humains par le Hamas à Gaza.

Rappelons-nous qu’au tournant 2008-2009, un conflit opposant le Hamas à Israël avait déjà fait la Une des médias et tué de nombreux innocents. Cet article démonte point par point la propagande de l’organisation terroriste Hamas utilisée à cette époque : elle visait à faire passer l’organisation pour une victime et les soldats israéliens pour des bourreaux tueurs d’enfants. Une propagande qui est la même aujourd’hui et qui est reprise sans précaution par des manifestants français un peu naïfs.

"Les habitants de Gaza accusent les militants islamistes : « ils nous ordonnaient d’abandonner les maisons et de les protéger »

GAZA. « Partez, filez d’ici ! (…) Enlevez d’ici vos armes et vos missiles » hurlaient les habitants des quartiers de Gaza contre les militants du Hamas et leurs alliés du Jihad Islamique. Les plus courageux s’étaient organisés et avaient barricadé la porte d’accès de leurs appartements, fermé aussi les entrées des immeubles et bloqué en hâte les escaliers pour les étages les plus hauts. Mais la guérilla n’écoutait personne. « Traîtres., collaborateurs d’Israël, espions du Fatah, lâches. » Les soldats de la guerre sainte vous puniront. Et dans toutes les maisons vous mourrez tous, comme nous. En combattant les Juifs sionistes nous sommes tous destinés au paradis, vous n’êtes pas heureux de mourir ensemble ? » Et ainsi hurlant, furieux, ils abattaient portes et fenêtres, se cachaient dans les étages les plus élevés, dans les jardins, utilisaient les ambulances, se barricadaient près des hôpitaux, des écoles et des édifices de l’ONU.

Dans les cas extrêmes, ils tiraient sur qui cherchait à bloquer la rue pour sauver sa propre famille, ou les abattaient sauvagement. « Les miliciens du Hamas cherchaient de bons emplacements pour provoquer les Israéliens. C’étaient même de jeunes enfants de 16 ou 17 ans armés de mitrailleuses. Ils ne pouvaient rien contre un tank ou un jet. Ils se savaient beaucoup plus faibles. Mais ils voulaient que cela se passe dans nos maisons pour les faire accuser ensuite de crimes de guerre » soutient Abou Issa de 42 ans, habitant le quartier de Tel Awa. « Pratiquement tous les immeubles les plus hauts de Gaza qui ont été frappés de bombes israéliennes, comme le Dodmoush, Andalous, Jawarah, Siussi et tant d’autres, avaient sur les toits des rampes de lancement ou des points d’observation du Hamas. Ils en avaient même placé près du grand dépôt de l’ONU parti ensuite en fumée, et la même chose valait pour les villages le long de la ligne de frontière qui fut ensuite la plus dévastée par la furie punitive des sionistes » lui fait écho sa cousine, Um Abdallah, 48 ans. Usage d’entente familiale. Mais ils fournissaient des détails bien circonstanciés. Il aurait été difficile de récuser ces témoignages. Ici en général, triomphe la peur du Hamas et s’imposent les tabous idéologiques alimentés par un siècle de guerre avec « l’ennemi sioniste ».

Quiconque raconte une version différente imposée de la « muhamawa » (la résistance) est automatiquement un collaborateur et risque sa vie. Y contribue le récent affrontement fratricide entre le Hamas et l’OLP. Si Israël et l’Egypte avaient permis aux journalistes d’entrer, cela aurait été plus facile. Ces lieux sont totalement minés par le Hamas. « Ce n’est pas nouveau au PO, entre les sociétés arabes, manque la tradition culturelle des Droits humains. Cela arrivait sous le régime d’Arafat qui persécutait et censurait la presse. Avec le Hamas c’est pire, » soutient Eyad Sarraj, psychiatre réputé de Gaza City.

Et c’est un autre chiffre qui apparaît toujours plus évident en visitant les cliniques, les hôpitaux et les familles des victimes du feu israélien. En vérité leur nombre semble moins élevé que 1300 morts, outre les 5000 blessés dénombrés par les hommes du Hamas, et répercutés par les officiels de l’ONU et de la Croix Rouge locale.

« Le nombre de morts ne devrait pas dépasser 500 ou 600. Pour la plupart des jeunes entre 17 et 23 ans, recruté dans les filets du Hamas qui les a littéralement envoyés au massacre », nous dit un médecin de l’hôpital Shiffa qui ne veut absolument pas être cité et y risque sa vie. Un chiffre confirmé pourtant par les journalistes locaux : « Nous l’avons déjà signalé aux chefs du Hamas. Pourquoi ils persistent à gonfler le nombre de victimes ? Ils espèrent, entre autres, que les autorités officielles occidentales les officialiseront sans vérification. La vérité pourrait pourtant surgir. Cela pourrait comme à Djénine en 2002. Initialement on parlait de 1500 morts. Il s’avéra qu’ils n’étaient que 54 parmi lesquels 45 au moins morts en combattant.

Comment sont vérifiés ces chiffres ? « Prenons le cas du massacre de la famille Al Samoun du quartier Zeitoun. Quand les bombes ont frappé leurs habitations, ils ont annoncé qu’il y avait eu 31 morts. Et c’est ainsi que c’est enregistré auprès des officiels du ministère de la Santé contrôlé par le Hamas. Puis, quand les corps sont effectivement récupérés, la somme totale est ramenée à 62 et c’est ainsi que tous les bilans ont été conclus, » explique Masoda Al Samoun de 24 ans. Elle ajoute un détail intéressant : « Pour mélanger les pistes s’y étaient mis les escouades spéciales israéliennes. Leurs hommes étaient travestis en guerriers du Hamas, avec le bandeau vert lié sur le front et l’inscription habituelle : il n’y a pas d’autres dieu qu’Allah, et Mahomet est son prophète. Ils se mêlaient aux combattants pour créer le Chaos. Nous ne cessions de leur crier de partir, nous craignions les représailles. Plus tard nous avons compris qu’il s’agissait d’Israéliens. » Il suffit de visiter quelques hôpitaux pour comprendre que les comptes ne correspondent pas. Beaucoup de lits sont libres à l’hôpital européen de Raffah , un de ceux qui devraient être le plus envahi de victimes de la « guerre des tunnels israélienne ». Il en va de même pour le « Nasser » de Khan Yunes. Seuls 5 lits des 150 de l’hôpital privé Al-Amal sont occupés. A Gaza city le Wafa construit grâce aux dons caritatifs de l’Arabie Saoudite, du Quatar et des autres pays du golfe a été évacué et bombardé par les israéliens fin décembre.

L’institution est réputée être une place forte du Hamas, là viennent se cacher ses combattants engagés dans la guerre contre le Fatah en 2007. Les autres ont investi Al Qods bombardé à son tour la seconde quinzaine de janvier.

A propos de ces faits, Magah al Rachmah 25 ans habitant à moins de quelques dizaines de mètres des quatre grands immeubles du complexe sanitaire aujourd’hui sérieusement endommagé, « les hommes du Hamas s’y étaient réfugiés surtout dans les offices administratifs de Al Qods. Ils utilisaient les ambulances et avaient contraint ambulanciers et infirmières a leur fournir des uniformes avec les signes distinctifs de paramédicaux, on pouvait ainsi les confondre, et ils pouvaient mieux échapper aux recherche des israéliens ». Tout ceci a réduit gravement le nombre de lits disponibles dans les institutions sanitaires de Gaza. D’autre part, Shifah est le plus grand hôpital de la ville et est bien loin d’avoir révélé tous ses secrets. Ses souterrains sembleraient densément occupés. « Le Hamas y avait caché des salles de survie et les salles d’interrogatoire pour les prisonniers du Fatah, et ceux de la gauche laïque, qui avaient été évacués de la prison bombardée de Saraja », disent les militants du Front Démocratique de la Palestine.

C’était une guerre intestine dans la guerre entre le Fatah et le Hamas. Les organisations humanitaires locales, pour la plupart rattachées à l’OLP, racontent « des dizaines d’exécutions, des cas de torture, surtout durant les trois dernières semaines » perpétrées par le Hamas. Un des cas les plus connus, est celui de Ahmad Shakhura, 47 ans, habitant de Khan Younes et frère de Khaled, bras droit de Dahlan (ancien chef des services de Sécurité d’Arafat toujours en exil) qui a été kidnappé sur ordre du chef de la police secrète locale du Hamas, Abu Abdallah Al Kidra, sauvagement torturé, on lui aurait arraché l’œil gauche, et il aurait enfin été tué le 15 janvier 2009."

Source : Corriere della Serra – 21 janvier 2009 (trad. Josiane Sbiro)

Publié dans informations générales | Poster un commentaire

Les entreprises de TP craignent pour leur carnet de commandes

La croissance ne revenant pas, les entreprises de travaux publics craignent pour leur carnet de commande. Ainsi, des entreprises de l’Aveyron ont diffusé le 8 juillet, une lettre rappelant que 80 % de leur chiffre d’affaires provient des marchés publics.

Ces entreprises aveyronnaises précisent qu’avant 2014, leur chiffre d’affaires avait baissé d’environ 4 % par an. En 2014, il baissera de 10 %, et en 2015, elles s’attendent à une contraction supplémentaire de 20 %.

Le recul des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales n’est pas étranger à l’établissement de ces sombres perspectives.

Les entreprises de TP aveyronnaises ont écrit pour dire leur inquiétude. Merci à @ntwolfmother.

Les entreprises de TP aveyronnaises ont écrit pour dire leur inquiétude. Merci à @ntwolfmother.

Publié dans Droit, informations générales | Tagué | Poster un commentaire

Les chrétiens d’Orient entre déportation et génocide, dans le silence général

ن : le symbole de la honte, qui désigne les chrétiens comme l'étoile jaune désignait les Juifs sous le nazisme.

ن : le symbole de la honte, qui désigne les chrétiens comme l’étoile jaune désignait les Juifs sous le nazisme.

L’ultimatum des djihadistes a expiré samedi 19 juillet à midi pour les chrétiens de Mossoul. Ils avaient le choix entre (1) se convertir à l’islam, (2) accepter le statut de « dhimmi » ou (3) être passés au fil de l’épée. Alors que la conversion forcée est formellement proscrite dans le Coran (sourate 2, verset 256), l’islam des premiers temps avait mis au point la « dhimma », un statut juridique visant à protéger les minorités non-musulmanes des empires musulmans. Moyennant impôt (la jizya) et une limitation des droits juridiques, les « dhimmi » étaient libres de circuler (NDLR : du racket).

Depuis la prise de la deuxième ville d’Irak par les troupes de l’Etat islamique (EIIL) en juin, ils ont presque tous choisi l’exil. Les assyro-chaldéens, l’une des plus vieilles branches du christianisme, y vivaient depuis 2 000 ans…

La suite sur Rue89

Publié dans informations générales | Poster un commentaire

Natacha Polony : « Mort aux Juifs », ou la banalité de la haine à Paris

Natacha Polony revient sur les événements qui ont marqué la semaine en France, et notamment sur les incidents qui ont entouré la manifestation pro-palestinienne du 13 juillet (article du 19 juillet 2014).

Une double photo révélatrice de ce qui est en jeu : en haut, une tuerie atroce. En bas, la manif parisienne. Dans les deux cas, le même slogan. Merci @jpney

Une double photo révélatrice de ce qui est en jeu : en haut, une tuerie atroce. En bas, la manif parisienne. Dans les deux cas, le même slogan : celui des terroristes d’EIIL. Cliquer pour lire l’article sur Le Figaro.fr. Merci @jpney

"C’est désormais une habitude : dans les rues de Paris, on peut crier « mort aux Juifs ». Des manifestants veulent exprimer leur colère et leur frustration : « Mort aux Juifs ! ». Des gens entendent protester contre les bombardements meurtriers en Palestine décidés par un gouvernement d’Israël aux mains d’une droite de plus en plus dure : « Mort aux Juifs ! ». Une passante prend la défense de deux jeunes filles qu’un homme menace verbalement. Il se retourne contre elle, la traitant de tous les noms, puis la regarde attentivement et s’exclame : « Mais tu es une sale Juive ! Casse-toi, sale Juive ou je vais te crever. » Et c’est le déferlement. « Mort aux Juifs ! ».

« Casse toi, sale Juive, ou je vais te crever. » Un manifestant pro-palestinien à Paris

Qui aurait imaginé que dans les rues de Paris, en 2014, on pourrait rencontrer cette expression décomplexée de l’antisémitisme le plus violent ? Il y a déjà quelques années que l’on entend des politiques déplorer mollement les « importations du conflit israélo-palestinien » sans que cela n’enraye en rien une mécanique qui dépasse de beaucoup les problématiques de politique étrangère.

Bien sûr, la politique d’Israël faite de poursuite de la colonisation et de militarisation des différends est insoutenable et suicidaire. Bien sûr, on aimerait une position ferme sur la scène internationale pour interdire ce mur inique qui coupe les villages palestiniens et ne respecte pas les frontières fixées par l’ONU. Bien sûr, on voudrait entendre davantage les voix juives dénonçant la politique de l’actuel gouvernement israélien. Bien sûr, on espérerait que certains n’assimilent pas toute critique de cette politique de l’État d’Israël, ou même toute critique à l’encontre d’une personne publique se trouvant être juive, à de l’antisémitisme. Bien sûr. Mais quel rapport avec les Juifs de France et la possibilité pour eux de vivre en paix dans une nation qui est la leur ?

Il y a déjà plusieurs années que des professeurs alertent sur la montée d’un antisémitisme décomplexé dans certains établissements scolaires. Cela a commencé avec des usages du mot « juif » assimilé à une insulte : « Fais pas ton Juif »… Cela a continué avec des contestations de l’enseignement de l’holocauste. Et l’on peut considérer que cet enseignement a été mal conçu, faisant le choix de l’émotion pour frapper les esprits de jeunes au détriment parfois d’un enseignement appuyé sur la raison et l’analyse, peu importe. Il ne s’agissait pas de cela mais bien de propos négationnistes tenus par des jeunes gens expliquant benoîtement qu’Hitler n’avait pas « fini le travail »…

La suite sur Le Figaro.fr

Publié dans informations générales | Poster un commentaire

Réforme territoriale : la carte des régions adoptée

Cliquez pour lire l'article du Monde.fr (DR).

Cliquez pour lire l’article du Monde.fr (DR).

L’Assemblée nationale a adopté vendredi 18 juillet, après une nuit de débats, la nouvelle carte à 13 régions proposée par les socialistes. Cette future France comprend notamment la fusion des régions Poitou-Charentes, Limousin et Aquitaine, ainsi que celle du Nord – Pas-de-Calais et de la Picardie, malgré la colère de certains représentants des régions concernées.

La suite sur Le Monde.fr

Publié dans Droit, informations générales | Poster un commentaire

Peut-on critiquer la justice en France ?

Dominique Reynié cosigne avec Christophe de Voogd la tribune reproduite ci-contre (DR).

Dominique Reynié cosigne avec Christophe de Voogd la tribune reproduite ci-contre (DR).

Le placement en garde à vue de l’ancien chef de l’État Nicolas Sarkozy, pendant quinze heures, pour des faits qui auraient été révélés par des écoutes dont la légalité est contestée, a nourri une polémique enfiévrée ces dernières semaines. Avec le recul nécessaire, Dominique Reynié, professeur des universités à SciencePo Paris, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, et Christophe de Voogd, chroniqueur du blog « Trop Libre », ont pris l’initiative de rédiger un article tout à fait remarquable qui répond à la question suivante : peut-on critiquer la justice en France ?

Cette tribune a été publiée dans Le Figaro, le 9 juillet, et sur le blog trop-libre.fr de la Fondation pour l’innovation politique.

"Il n’est pas interdit de faire l’hypothèse que la mise en examen d’un ancien président de la République, loin de consacrer l’indépendance enfin acquise de la justice, en soulignerait au contraire l’inquiétante dérive. Mais comment discuter de ce point pourtant crucial ? Le silence sidérant de l’intelligentsia française donne le jour à une situation redoutable : s’il n’y a personne pour interroger la manière dont un ancien président de la République est traité par la justice, en l’espèce Nicolas Sarkozy, celui-ci n’a pas d’autre recours que de se défendre lui-même et d’en appeler à ses plus fidèles soutiens, qui ne sont ni les plus subtils dialecticiens ni de plus sûrs garants de l’indépendance de la magistrature. Dès lors, le piège se referme, entre les protestations du principal intéressé, auquel on reproche aussitôt une argumentation pro domo, et les envolées par nature maladroites et outrancières de quelques amis trop prévisibles car trop militants.

Depuis l’interview de Nicolas Sarkozy, on lit et on assène un peu partout qu’il « est inacceptable de critiquer la justice » ou même les juges. L’affirmation a été reprise au plus haut niveau, puisque Jean-Louis Debré, le président du Conseil constitutionnel lui-même proclame, à l’aide de formules bien vagues : « Quand des responsables politiques commencent, à droite ou à gauche, à s’en prendre aux juges, c’est un des fondements du vivre ensemble, de la République qui est atteint », ajoutant « on peut contester ce qui vous est reproché, on ne conteste pas les fondements de la justice, parce qu’à ce moment-là on conteste la République ». Or, si l’on écoute attentivement l’entretien donné par Nicolas Sarkozy, ou si l’on prend la peine d’en relire le script, on ne trouvera nulle trace de mise en cause des « juges » en général, mais de quelques-uns en particulier et de ce qu’il a pris soin de désigner comme « une partie de la magistrature » ; on ne trouve nulle « contestation des fondements de la justice » mais la critique du choix et des modalités d’une procédure particulière – la garde à vue – et la mise en question de l’impartialité de l’une des deux magistrates devant lesquelles lui a été signifiée sa mise en examen.

D’abord, depuis quand et au nom de quoi ne peut-on plus critiquer les juges ni même la justice dans son ensemble ? Faut-il rappeler que l’on peut parfaitement critiquer un gouvernement, le président, la république, Dieu et même le président du Conseil constitutionnel ? De là suit que l’on doit donc pouvoir critiquer les juges, la justice, ses principes, la manière dont elle fonctionne, parce que la démocratie est le régime de la critique et de la liberté d’opinion que fonde et ordonne la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, clé de voûte de notre Constitution.

Comment admettre que nous accepterions de critiquer le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, tous deux issus du suffrage universel et responsables devant les citoyens, tandis que nous ne pourrions pas discuter et critiquer le pouvoir judiciaire qui échappe au contrôle démocratique ? Nous savons depuis Montesquieu, natif de Bordeaux, que c’est parce qu’il faut combattre les abus sans cesse renaissants de tout pouvoir qu’il faut veiller à les contrôler, à les limiter, à les modérer et que cela passe par « l’équilibre entre les puissances » selon la leçon de l’Esprit des lois. N’a-t-on pas fait, ne devait-on pas faire, le procès des dysfonctionnements de la justice après Outreau ? N’a-t-on pas publiquement mis en cause l’incompétence du juge Burgaud ? N’a-t-on pas entendu monter l’exigence de sanctions ? Jean-Louis Debré lui-même, en juillet 1996, alors ministre de l’Intérieur, n’a-t-il pas apporté un soutien très appuyé au directeur de la Police judiciaire, Olivier Foll, qui avait ordonné à ses hommes de ne pas accompagner le juge Alphen lors d’une perquisition au domicile de Jean Tibéri, alors Maire de Paris ? Et n’est-ce pas François Mitterrand qui avait refusé l’extradition de l’assassin Cesare Battisti qui devait pourtant rendre des comptes à la justice italienne ?

La justice n’a-t-elle jamais été politisée ? Ne l’a-t-elle pas été sous Vichy ? Ne l’a-t-elle pas été à la Libération, souvent d’ailleurs avec les mêmes juges, preuve s’il en faut qu’ils méritent notre vigilance ? Ne l’a-t-elle pas été, par son excessive retenue vis-à-vis des uns et sa sévérité vis-à-vis des autres, sous les deux dernières républiques ? Le Général lui-même ne voyait-il pas en elle une simple « autorité », selon les termes de la Constitution, qui « procédait » comme les autres du Chef de l’Etat ?

Il est évident qu’à d’innombrables reprises la justice a fait l’objet de critiques et même d’attaques de la part de la droite et de la gauche, ce dont témoigne symétriquement le procès des « juges rouges » ou celui d’une « justice de classe ».

Paradoxalement, la question de la fragilité des juges est au cœur de l’affaire qui a valu à l’ancien président une mise en examen, puisqu’elle est fondée sur le soupçon à l’égard d’un magistrat qui aurait tenté d’utiliser des relations politiques pour obtenir une promotion. Que les juges ne sauraient être au-dessus de tout soupçon, c’est donc l’accusation elle-même dans cette affaire qui le suggère.

Le véritable enjeu n’est pas « l’indépendance de la magistrature » mais son impartialité. Invoquer sans cesse la première en la matière confine au sophisme : il y a de meilleures preuves d’ « indépendance » que la poursuite tous azimuts d’un opposant majeur au pouvoir ! Nombreux sont les magistrats qui sont passés en politique au point de se présenter aux élections, et l’on ne devient pas d’un coup d’un seul, candidat d’un parti sans avoir auparavant partagé sa cause, que ce soit à gauche, avec par exemple Eric Alphen, Dominique Barella, président de l’Union Syndicale des Magistrats, devenu conseiller de Ségolène Royal pour la campagne présidentielle de 2007, Eva Joly, candidate à l’élection présidentielle de 2012, ou que ce soit à droite avec, par exemple, le juge Jean-Pierre, le juge Fenech ou… Jean-Louis Debré lui-même.

Ne pouvait-on pas désigner une autre juge que l’adhérente d’un syndicat, le Syndicat de la Magistrature, membre fondateur de l’association ATTAC et dont le lamentable « Mur des cons » vaut à sa présidente une mise en examen ? Comment admettre sans le moindre trouble qu’un ancien président de la République, de droite, se retrouve dans le bureau d’une juge membre d’un syndicat d’extrême gauche qui avait furieusement combattu la politique de ce président, qui n’avait cessé d’exprimer publiquement à maintes reprises son animosité à l’égard de Nicolas Sarkozy et avait officiellement appelé à voter pour François Hollande ? Que dirait-on d’une situation inverse qui verrait un juge connu pour sa proximité avec des milieux d’extrême droite décidant de la garde à vue d’un éminent opposant socialiste, ancien président depuis peu et manifestement désireux de revenir dans la bataille ?

Ce n’est pas dire que l’impartialité des juges est nécessairement faussée, mais que la question est légitime et qu’elle doit être posée, y compris sur le plan judiciaire, ce qui, contrairement à ce qu’on lit partout, ne semble pas possible dans l’état de notre droit.

Quoi que l’on pense de Nicolas Sarkozy sur le plan politique, il est évident qu’il n’a pas été traité comme il aurait dû l’être. Nous sommes heureux de proclamer avec tout un chacun qu’un ancien président de la République est un justiciable comme les autres. C’est nouveau et c’est un progrès. Mais alors pourquoi les mêmes proclament-ils cet impératif, pour immédiatement déplorer les critiques de la justice « de la part d’un ancien chef de l’Etat » ? Pourquoi écarter sa qualité « d’opposant politique » quand il est accusé, pour ensuite la rappeler, mais à charge, lorsqu’il se défend ? Surtout, un « justiciable comme un autre » aurait-il fait l’objet de longs mois d’écoutes téléphoniques « dérivantes », d’une telle multiplication des procédures, de moyens judiciaires et policiers d’une telle ampleur, d’un tel zèle dans les perquisitions, de mise sur écoute de ses conversations avec son avocat, d’un irrespect systématique du secret de l’instruction, etc. ?

Soit Nicolas Sarkozy est traité comme un justiciable ordinaire, soit il subit un traitement singulier. Dans les deux cas, il y a de quoi s’inquiéter sur le fonctionnement de notre justice. Ni le président du Conseil constitutionnel, ni les représentants de la classe intellectuelle n’ont pris la parole pour mettre en garde contre ces redoutables dérives.

Nulle prétention de notre part à juger sur le fond. Nous voulons exprimer notre très vive inquiétude devant les vices criants du débat : déformation des faits et des propos – ce qu’a dit et n’a pas dit l’ancien président ; omission de faits troublants – comme non communication de la partie à décharge du contenu des écoutes – et contradictions de l’argumentaire – comment peut-on encore parler de respect du secret de l’instruction quand les mêmes déversent les dossiers sur la place publique ?

L’inquiétude augmente encore devant une forme d’insouciance et de désinvolture, oscillant entre le « tant pis » et le « tant mieux », à l’égard de pratiques judiciaires potentiellement liberticides. Comme si finalement tout cela n’avait guère d’importance, y compris pour les plus hautes juridictions du pays, y compris pour les gardiens de la Constitution, tant que « l’indépendance de la justice » serait considérée comme consacrée ; et ce au moment même où cette institution semble jouer un rôle politique majeur en pesant fortement sur le contexte des futures échéances démocratiques.

Finalement, il se pourrait bien, que loin de voler au secours de la justice, ces champions de son indépendance, ne soient que les héritiers d’une trop longue et déplorable tradition française qui remonte à l’Ancien régime. Admettons que cette justice soit indépendante : ne doit-elle pas être, dans un Etat de droit, avant tout au service de la liberté ?

Dominique Reynié est directeur général de la Fondation pour l’innovation politique. Christophe de Voogd est chroniqueur du blog « Trop Libre » de la Fondation pour l’innovation politique.

Merci à @MurielDIRUOCCO 

Publié dans Droit, informations générales | Poster un commentaire

PPP : la fièvre du PFI outre-manche

Bien qu'elle ait permis au Royaume-Uni de se doter d'infrastructures modernes, la politique de PFI (Private Finance Initiative) fait toujours débat Outre-Manche (DR).

Bien qu’elle ait permis au Royaume-Uni de se doter d’infrastructures modernes, la politique de PFI (Private Finance Initiative) fait toujours débat Outre-Manche (DR).

Implémentés bien avant notre contrat de partenariat, les PFI nous fournissent quelques axes de réflexion intéressants alors que l’heure est déjà au bilan de l’autre côté de la Manche. Mais ce sont ceux qui les pratiquent au quotidien qui sont les mieux placés pour en parler…

Grande sœur de notre « PPP à la française », plus communément appelé contrat de partenariat (CP), la Private Finance Initiative (PFI) a été mise en place dès 1992 par le gouvernement conservateur de John Major au Royaume-Uni. Initialement développée en Australie, cette politique faussement apparentée à de la privatisation par ses détracteurs, consiste à confier à un partenaire privé la création et la construction d’un bien d’intérêt public dont il a la propriété pendant 25/30 ans en moyenne. Elle permet de mobiliser parallèlement les capacités du secteur privé et les ressources publiques afin de fournir des infrastructures et/ou services publics (faisant l’objet d’incitations liées à la performance) selon un cahier des charges défini par le secteur public.

La suite sur le Club des PPP (contenu intégral dans PPP Mag)

Publié dans Droit | Tagué | Poster un commentaire